Aotourou

L'histoire d'un pauvre tahitien voyageur : Aotourou

Après un séjour de neuf jours à Tahiti, le 15 avril 1768, quand Bougainville et l'équipage durent reprendre la mer, leur départ causa bien des larmes et le chef Ereti, en faisant ses adieux à Bougainville, lui présenta un indigène en le priant de le prendre à bord. Cet indigène se nommait Aotourou, et n'était pas un inconnu pour l'équipage car dès les premiers jours de l'escale, bien qu'il ne pût s'exprimer que par signes, il s'était installé à bord, désireux de s'assimiler aux matelots. L’intrépide passa la nuit du 5 au 6 avril sur l’Étoile. Dès l’amarrage des voiliers, il avait manifesté le désir de partir avec les Français expliquant par signes, qu'il saurait guider le navire dans les dangereux passages de l’archipel… Bougainville accepta de l'embarquer, un peu à contrecœur mais non sans arrière-pensées : ainsi pourrait-il, plus tard, cautionner cette escale et témoigner qu’elle s’était déroulée dans de parfaites conditions. Le témoignage de ce jeune aventurier « servirait à l'union de la France avec un peuple vivant au milieu d’une des plus belles contrées de l'univers ».

Originaire de Raiatea, Aotourou était le fils d'un chef de l'île et d'une captive de l'île voisine d'Oopoa. Physiquement il n’avait pas la même physionomie que ses compatriotes polynésiens : il avait les genoux cagneux et était franchement laid. En revanche, il avait l’esprit vif et doté d’un grand sens de l’observation. Curieux de tout, il possédait de réelles connaissances en astronomie et et savait se montrer très espiègle quand il le voulait. Il devint très vite populaire à bord. Une anecdote charmante révèle son affabilité : un officier, Monsieur Lafontaine, l'habilla d’une chemise, lui proposa une grande culotte, une veste et un chapeau qui le comblèrent de joie, au point de sauter au coup de son bienfaiteur.
Bougainville l’appelait Louis mais lui, préférait porter le nom de son bienfaiteur qu’il ne parvenait d’ailleurs pas à prononcer si bien qu’il se désignait lui-même sous le surnom de Boutaveris ou Poutaveri.

Le soir sur le bateau, logé sous le gaillard, il n'utilisait pas le lit mis à sa disposition, il préférait passer la nuit à courir sur le pont, de bâbord à tribord, afin de juger, par la position des astres la marche du navire. Il ne contemplait pas que les étoiles car il découvrit très vite que l'équipage comprenait une femme déguisée en matelot, Jeanne Barret, la première femme à faire le tour du monde, compagne clandestine de Philibert Commerson (voir le superbe roman de Michèle Kahn aux éditions « Le Passage »).

 

Jeanne Baret

 
Les connaissances géographiques d'Aotourou étaient très rudimentaires. Il crut que la première île qu’il découvrait pour la première fois et qu'il ne connaissait pas était la patrie des voyageurs. Il ignorait même qu’il existât d’autres peuples polynésiens.
 
Le 31 août 1768, les deux navires français, après plusieurs mois d'épreuves, atteignirent l’Indonésie à Buru, riche comptoir hollandais. Cette escale marqua pour le Tahitien l'entrée dans le monde civilisé : l'aspect de toute une population vêtue à l'européenne, de belles maisons, des jardins, ainsi que nombre de vaisseaux à l'ancre, émerveillèrent le jeune homme. Il ne pouvait pas croire que Paris fut encore plus beau que ce comptoir.
Au contact des Hollandais, Aotourou, avec fierté, s’empressa de faire entendre qu'il était chef dans son pays et qu'il voyageait pour son plaisir avec ses amis.
Bougainville aux prises avec des difficultés diplomatiques avec les administrateurs du comptoir néerlandais, le consigna à bord. Il en prit ombrage et s'imagina qu'on rougissait de lui à cause de ses genoux cagneux.
 
Il supportait avec stoïcisme les conditions extrêmes de la vie à bord. Il était curieux de tout. A la table des officier, il se montrait fort attentif et observait comment se comportaient les Européens afin de les imiter. S'il plongeait sa cuillère dans chaque gamelle de matelots, à la table de l'état-major, il se contentait de flairer chaque mets, avant de le porter à sa bouche. Le vin et les ragoûts épicés lui faisaient horreur mais les confitures étaient sa passion. Cependant, à Batavia, Aotourou tomba malade et bien qu'il se montrât friand des remèdes et docile aux prescriptions du médecin, il fut long à se rétablir de sa dysenterie.

Il eut le temps de s’adapter lors des escales suivantes. Surtout à celle de l’île de France où il fit la connaissance du gouverneur Poivre qui l’hébergera lors de son voyage de retour. Si la traversée de l’océan Indien se passa relativement bien, le passage dans l’Atlantique fut plus problématique et au lieu d’arriver à Brest la Boudeuse se dirigea vers Saint-Malo où elle entra le 16 mars 1769. Aotourou fut ainsi le premier Océanien à fouler le Vieux Continent. A peine à terre, la vision des premières Bretonnes raviva sa libido lui faisant oublier les affres du voyage. Quelques jours plus tard, il arrivait à Paris où il reçut un accueil plutôt problématique qu’enthousiaste... On reprocha ainsi à Bougainville d'avoir arraché le sauvage à sa partie ! Un pamphlet s'étonnait que le Tahitien ne parlât ni l'anglais ni l'espagnol ni même le français et soupçonnait que c'était là, peut être un faux sauvage. Les plus folles rumeurs couraient sur l’expédition. Certains médisants susurraient que Bougainville n'avait pas fait le tour du monde car il n'avait pas été en Chine… Malgré une indifférence affichée par les adversaires du clan Choiseul, les milieux cultivés parisiens se passionnèrent pour le «  pauvre Indien des mers australes ».

Il fut présenté au roi de France Louis XV. Le temps pour Bougainville de parfaire son éducation. Il fut certes plus souvent regardé comme une curiosité ou comme un « Sauvage » mais Bougainville fit tout pour lui éviter la moindre humiliation. Les deux amis furent invités dans les salons les plus huppés de la capitale et Bougainville le présenta aux plus grandes sommités de son temps : Diderot, Lalande, La Condamine…
Il s’adapta fort bien à la vie parisienne et s’émancipa rapidement de la tutelle de son protecteur. Sans doute le climat dut commencer à lui peser dès l’automne et la nostalgie de son pays incita Bougainville à le rapatrier vers son île.

L'abbé Jacques Delille raconte une anecdote touchante à ce sujet. Lors d’une promenade au Jardin des Plantes le jeune homme éclata en sanglots en découvrant un arbre de son pays. Cet incident émouvant lui inspira un Poème qu'on retrouve au deuxième Chant du recueil "Les Jardins ou L'Art d'Embellir les Paysages".

 
Je t’en prends à témoin, jeune Potaveri.
Des champs d’O-Taïti, si chers à son enfance,
Où l’amour, sans pudeur, n’est pas sans innocence,
Ce sauvage ingénu dans nos murs transporté,
Regrettait en son cœur sa douce liberté,
Et son île riante, et ses plaisirs faciles.
Ébloui, mais lassé de l’éclat de nos villes,
Souvent il s’écriait : « Rendez-moi mes forêts ».
Un jour, dans ces jardins où Louis à grands frais
De vingt climats divers en un seul lieu rassemble
Ces peuples végétaux surpris de croître ensemble,
Qui, changeant à la fois de saison et de lieu,
Viennent tous à l’envi rendre hommage à Jussieu,
L’indien parcourait leurs tribus réunies,
Quand tout-à-coup, parmi ces vertes colonies,
Un arbre qu’il connut dès ses plus jeunes ans
Frappe ses yeux. Soudain, avec des cris perçants
Il s’élance, il l’embrasse, il le baigne de larmes,
Le couvre de baisers. Mille objets pleins de charmes,
Ces beaux champs, ce beau ciel qui le virent heureux,
Le fleuve qu’il fendait de ses bras vigoureux,
La forêt dont ses traits perçaient l’hôte sauvage,
Ces bananiers chargés et de fruits et d’ombrage
Et le toit paternel, et les bois d’alentour,
Ces bois qui répondaient à ses doux chants d’amour,
Il croit les voir encore, et son âme attendrie,
Du moins pour un instant, retrouva sa patrie.

 
 
Jacques Delille, souvent appelé l'abbé Delille

 
Bougainville n’épargna ni sa bourse ni son temps pour lui rendre agréable ce séjour de 11 mois à Paris pendant lesquels il ne témoigna aucun ennui. Aotourou sortait seul dans Paris, parcourait les rues sans s’égarer, faisait des achats sans se laisser berner. Il aimait passionnément la danse et l'Opéra était le spectacle qui lui plaisait le plus. Surtout les coulisses où il côtoyait les grandes dames et les jolies danseuses, il connaissait les jours de spectacle, y allait seul, payait sa place et se tenait de préférence dans le corridor. En société, il distinguait les gens qui lui voulaient du bien et ne les oubliait pas. Particulièrement attaché à Mme Choiseul, il lui rendait visite chaque fois qu'elle se trouvait à Paris. Elle le combla de bienfaits auxquels il était très sensible.
 
Jacob Rodrigues Pereire, célèbre pour son talent d'enseigner à parler aux sourds-muets de naissance, fit sur Aotourou des expériences curieuses pour essayer de lui apprendre à prononcer correctement les consonnes mais il n'y parvint pas parce que la « disposition de ses organes vocaux lui interdisait la prononciation de plusieurs consonnes ». Dans l'alphabet de ce peuple, disait-on, il n'y a pas de b, c, d, f, g, q, x, y et de z ce qui expliquait pourquoi Aotourou ne put jamais apprendre à parler le français car « jamais sa mémoire n'avait été exercée par l'étude ». Il ne possédait un lexique ne comportant qu’une cinquantaine de mots.
 

Jacob Rodrigues Pereire

 
Charles de La Condamine l'a aussi examiné à Paris au printemps 1769, et affirmait qu'il mesurait 1,67 m et devait avoir à peine 30 ans. Un autre ethnologue remarqua qu’il devait posséder des gènes caucasiens (asiatiques) ce qui était pertinent.
 

Charles de la Condamine

 
Pour le rapatrier, Bougainville mit tout en œuvre afin que son voyage de retour se déroulât au mieux. Il fit jouer toutes ses relations et fournit un mémoire détaillé sur la route à suivre pour gagner la Nouvelle-Cythère. Il consacra le tiers de sa fortune, soit 36 000 francs, à l'armement du navire chargé de cette mission spéciale. La duchesse de Choiseul, qui l'avait comblé de bienfaits, remit au Prince du Pacifique une forte somme d'argent destinée à l'approvisionnement de l'île en semences, en bétail et en outils.
« L’otage des Lumières » comme le baptisa son biographe Philippe Prudhomme, s'embarqua le 4 mars 1770 à la Rochelle à bord du Brisson commandé par Marc Marion-Dufresne avec un négociant qui devait bien prendre soin de lui. Il atteignit le 23 octobre 1770 l'île de France (île Maurice) où il séjourna plusieurs mois notamment chez Pierre Poivre. Le gouvernement français avait ordonné au gouverneur de cette colonie de le faire transporter jusqu'à son île natale en toute sécurité. Il décida de la quitter le 23 octobre 1771 mais il ne revit jamais Tahiti, étant mort de la petite vérole sur le navire qui le transportait lors d’une relâche à Madagascar, le 7 novembre 1771. Son corps fut immergé dans l'océan indien selon les rites chrétiens de la marine Royale. Marion-Dufresne fit établir un procès-verbal détaillé des derniers moments de ce premier héros de l’histoire tahitienne.

D’après certains scientifiques, Aotourou, de retour sur son île, aurait été incapable de trouver dans sa langue des termes correspondant à ce qu'il avait vu.

C'est tout ce que Bougainville nous en dit, et nous n'en saurons jamais plus. On ne possède à ce jour aucune représentation ni document le concernant. Le portrait qu’on possède de lui est contesté. Et une fois reparti, son nom tomba dans l'oubli. A lire la très belle biographie que lui a consacrée l’historien Philippe Prudhomme « La malédiction de la tortue » Amazon .fr à voir dans la bibliographie du site.

 
Aotourou?

Extrait d’une lettre au sujet du départ de l’Habitant de l’isle de Taiti (source : pierre-poivre.fr)

L’habitant de l’isle de Taiti, ou la nouvelle Cythère, découverte par M. de Bougainville, lequel a été amené en France, l’année dernière, (& dont nous avons parlé dans nos Journaux,) est actuellement à la Rochelle, où il doit s'embarquer sur un vaisseau armé par M., négociant de ce port, qui le déposera à l'isle de France, d'où on expédiera exprès un bâtiment pour le transporter dans son pays. La cour a donné des ordres de très-bien traiter ce Sauvage, qui emporte plusieurs malles remplies de vêtements, bijoux & curiosités qu'il a reçus à Versailles & à Paris. Le Roi lui a fait donner aussi 1200 piastres, afin que de cet argent il achète à l'isle de France des marchandises des indes, qu'il portera dans son isle. Il est doux, honnête, & paroit très sensible à toutes les attentions qu'on a pour lui ; mais il ne scait que très-peu de mots de notre langue, & ne parle que par des signes, qui sont on ne peut pas plus intelligibles. Il entend aussi très-bien tous ceux qu'on lui fait.


Extrait d'une lettre de M. Poivre, intendant des îles de France et de Bourbon, à M. Bertin, ministre d'État en France (source : pierre-poivre.fr)

Au Port-Louis, île de France, ce 3 novembre 1770

Monseigneur,
J'ai reçu la lettre que vous m'aviez fait l'honneur de m'écrire, en date du 15 mars dernier, au sujet de l'honnête Indien Poutavery. J'ai reconnu, dans tout ce que vous me faites l'honneur de me dire de cet insulaire et des précautions à prendre pour le renvoyer convenablement dans sa patrie, toute la bonté de votre cœur dont j'avais tant de preuves certaines.
J'avais déjà reçu ici Poutavery en 1768 : je l'y avais accueilli à la ville et à la campagne : pendant tout son séjour dans cette île, il avait eu le couvert chez moi je lui ai rendu tous les services qui ont dépendu de moi il est parti d'ici mon ami et il revenait dans cette île plein de sentiments d'amitié et de reconnaissance pour son ami Polary, car c'est ainsi qu'il me nomme. Vous ne sauriez croire à quel point cet homme naturel porte la mémoire des bienfaits et le sentiment de la reconnaissance.
Pendant toute la traversée, sachant qu'il revenait à l'île de France, il a toujours parlé à tous les officiers du vaisseau du plaisir qu'il aurait de revoir son ami Polary. Arrivé ici, on a voulu le conduire au gouvernement, il ne l'a pas voulu : tout en mettant pied à terre, il a couru par le chemin le plus court droit à ma maison ; il m'a fait toutes sortes de caresses à sa façon et m'a tout de suite raconté tous les petits services que je lui avais rendus. Quand il a été question de se mettre à table, il a aussitôt montré son ancienne place à côté de moi et a voulu la reprendre.
Vous voyez que vous ne pouviez pas mieux vous adresser pour procurer à cet homme naturel les secours dont il aura besoin ici et le moyen de retourner commodément et convenablement dans sa patrie, l'île de Tahiti ; je serai bien fâché qu'un autre que moi eût une commission aussi délicieuse à remplir. Soyez assuré que je ferai pour Poutavery tout ce que je ferais pour mon propre fils. Cet Indien m'a singulièrement intéressé depuis le moment que j'ai su son histoire, et son honnêteté naturelle m'a fortement attaché à lui ; aussi me regarde-t-il comme son père et ma maison comme la sienne. Poutavery est arrivé ici le 23 octobre en très bonne santé, fort aimé de tous ses compagnons de voyage et très content d'eux tous. J'ai chargé M. de la Malétie, subrécargue du navire sur lequel il a passé, de le loger avec lui et d'en avoir soin, parce que malheureusement je n'ai point de logement dans la maison que j'occupe, et je n'ai pour moi-même qu'une très petite pièce très incommode qui me sert de cabinet.
Poutavery n'étant arrivé ici qu'à la fin d'octobre, dans un moment où nous avions tous nos bâtiments dehors, je le garderai jusqu'à la mi-septembre de l'année prochaine, temps auquel je le renverrai dans son pays. Le capitaine, les officiers et le bâtiment destinés à ce voyage seront de mon choix. Je lui donnerai pour lui, pour sa famille et pour les chefs tahitiens des présents convenables. Je lui donnerai, outre les outils et instruments en fer de toute espèce, des grains à semer et surtout du riz, des bœufs et des vaches, des cabris, enfin tout ce qui me paraîtra, d'après ses rapports, devoir être utile aux bons Tahitiens, qui devront à la générosité française une partie de leur bien-être.
Le bâtiment destiné pour Tahiti fera sa route par le sud et passera entre la Nouvelle-Hollande et la Nouvelle-Zélande. C'est pourquoi je ne veux le faire partir que vers l'équinoxe de septembre de l'année prochaine, afin que nos navigateurs, forcés peut-être par les vents de s'élever beaucoup dans le sud, jouissent de toute la belle saison qui, dans l'hémisphère austral, commence à la fin de septembre ; alors les nuits sont plus courtes et les mers plus belles ».


Extrait d'une lettre : Le Tahitien Poutaveri est mort, Marion-Dufresne poursuit son expédition (source :pierre-poivre.fr)

Le 7 février 1772,
Monseigneur,
J’ai eu l’honneur de vous rendre compte par ma lettre n°5 en date du 26 octobre dernier de l’expédition que j’avais faite de deux bâtiments commandés par M. Marion Dufresne, en exécution des ordres du Roi, pour le transport de l’indien Poutavéri dans sa patrie.
M. Marion en partant de ce port est allé relâcher à l’île de Bourbon où l’indien Poutavéri qui avait emporté d’ici le germe de la petite vérole, a été attaqué. Aussitôt M. Marion a appareillé de l’île de Bourbon qui n’a point encore éprouvé cette contagion, et dans la crainte de la porter au cap de Bonne-Espérance où il devait aller prendre une partie des provisions de sa campagne, il a fait route pour la baie du Fort Dauphin sur l’île de Madagascar. M. Marion espérait passer quelques jours dans cette baie pour donner le temps à l’indien Poutavéri de se rétablir avant de faire route pour le cap de Bonne-Espérance. Deux jours après son arrivée au Fort Dauphin, l’indien Poutavéri est mort malgré tous les soins qu’on a pu prendre de lui pendant sa maladie. Si dans ce moment, j’avais été à portée de M. Marion, j’aurais arrêté son expédition dont l’objet ordonné par le Roi ne pouvait plus avoir lieu depuis la mort de l’indien Poutavéri. M. Marion a cru devoir continuer cette même expédition dans l’espérance de faire quelques découvertes utiles, et en conséquence il s’est rendu au cap de Bonne-Espérance, d’où il m’a écrit qu’il allait suivre son premier projet de campagne, en pénétrant dans la mer du Sud par le détroit qui est entre la Nouvelle Zélande et la terre de Diémen.
M. Marion a la réputation d’un excellent officier de mer, je suis persuadé qu’il fera les plus grands efforts pour rendre son voyage utile. Cette campagne se fait toute entière à ses frais, j’en ai simplement fait faire les avances de la Caisse et des magasins du Roi. M. Marion nous a donné ici des cautionnements pour ces avances et nous a hypothéqué tous les biens qu’il possède dans cette colonie, lesquels paraissent suffisants pour répondre de la sûreté des deniers du Roi.

Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, etc.

Poivre

 

Pierre Poivre

 
Source :
- La Malédiction de la Tortue, Philippe Prudhomme
- Voyage autour du monde, Louis-Antoine de Bougainville
- Pierre Poivre & compagnie
- Jounaux d'époque



 
 
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