Actualités 2012

Année 2012 :

Découverte d'une ancre de Bougainville à Tahiti le 15 décembre 2012 :

 


Au mois d'avril 1768 deux vaisseaux français, La Boudeuse et l'étoile, commandés par le lieutenant de vaisseau Bougainville sont passés à Hitia'a et y séjournèrent neuf jours. Ils ancrèrent entre les petits îlots, Oputotara et Variararu, et la côte, espérant être à l'abri des vents dominants. Malheureusement, ce ne fut pas le cas et six ancres furent perdues pendant les neuf jours de son séjour en évitant que les bateaux ne s'échouent. Des tahitiens en ont retrouvé une et l'ont donné au haut chef de Bora Bora qui à son tour l'a donné au capitaine Cook en 1777. En août 1974, un habitant de Hitia'a, Victor Tom Sing Vien dit P'tit frère a repêche dans le lagon une ancre attribuée à Bougainville. Cette ancre attribuée à Bougainville est d'une hauteur totale de 365 cm et d'une envergure de 235 cm.



Source : tahiti heritage 


LePoint.fr du 6 avril 2012 : 6 avril 1768, Les Tahitiennes se mettent à poil pour pour accueillir Bougainville
 

         S'offrant à qui veut, les Tahitiennes n'oublient pas, pour autant, de réclamer aux marins un clou pour le prix de chaque étreinte.
 

 
À peine la Boudeuse et l'Étoile ont-elles jeté l'ancre devant Tahiti que les deux navires sont pris d'assaut par des centaines d'insulaires manifestant tous les signes de l'amitié. Laissons la parole à Bougainville : "Tous venaient en criant tayo, qui veut dire ami, et en nous donnant mille témoignages d'amitié ; tous demandaient des clous et des pendants d'oreilles. Les pirogues étaient remplies de femmes qui ne le cèdent pas, pour l'agrément de la figure, au plus grand nombre des Européennes et qui, pour la beauté du corps, pourraient le disputer à toutes avec avantage... La plupart de ces nymphes étaient nues, car les hommes et les vieilles qui les accompagnaient leur avaient ôté le pagne dont ordinairement elles s'enveloppent. Elles nous firent d'abord, de leurs pirogues, des agaceries où, malgré leur naïveté, on découvrit quelque embarras ; soit que la nature ait partout embelli le sexe d'une timidité ingénue, soit que, même dans les pays où règne encore la franchise de l'âge d'or, les femmes paraissent ne pas vouloir ce qu'elles désirent le plus. Les hommes, plus simples ou plus libres, s'énoncèrent bientôt clairement : ils nous pressaient de choisir une femme, de la suivre à terre, et leurs gestes non équivoques démontraient la manière dont il fallait faire connaissance avec elle."

Autant dire que l'invitation rendit complètement dingos les quatre cents marins à bord des deux navires dont la libido est en hibernation depuis six mois. Bougainville, qui comprend le danger, interdit formellement aux tentatrices de monter sur le pont. L'une d'elles arrive cependant à grimper sur une écoutille placée au-dessus du cabestan, sur le gaillard arrière. Elle entreprend un strip-tease devant des hommes qui manifestent tous les syndromes du loup libidineux de Tex Avery : yeux exorbités, langue pendante. Bref, ils ne boudent pas leur plaisir. Bougainville, qui parvient à mieux se contrôler que le reste de l'équipage, écrit : "La jeune fille laissa tomber négligemment un pagne qui la couvrait, et parut aux yeux de tous telle que Vénus se fit voir au berger phrygien : elle en avait la forme céleste. Matelots et soldats s'empressaient pour parvenir à l'écoutille, et jamais cabestan ne fut viré avec une pareille activité. Nos soins réussirent cependant à contenir ces hommes ensorcelés ; le moins difficile n'avait pas été de parvenir à se contenir soi-même."

Frayeur 
Finalement, un seul marin ne résiste pas au supplice de Tantale, il parvient à s'éclipser en compagnie d'une Tahitienne, il s'agit du cuisinier personnel du commandant. Mais la partie de plaisir tourne au cauchemar. Dès qu'il met pied à terre, une foule l'entoure pour le déshabiller en un instant. Il croit sa dernière heure arrivée, mais non, les indigènes ne veulent que se rincer l'oeil, curieux de voir comment cet étranger est bâti. Ils palpent chaque partie de son corps avec minutie, commentent. Une fois satisfaits, ils invitent le cuisinier à se rhabiller en lui faisant comprendre qu'il peut maintenant user comme bon lui semble de la fille qu'il a suivie. Ils attendent avec curiosité pour assister aux ébats. Mais la frayeur avait été tellement grande que le marin est incapable de sacrifier à Vénus. Sa grande vergue refuse désespérément de se redresser. Il regagne bientôt la Boudeuse, la queue entre les jambes, disant à Bougainville qu'il peut le réprimander pour avoir quitté le bord malgré l'interdiction, mais que jamais il n'aura une peur aussi grande que celle qu'il a eue à terre.

L'hospitalité des Tahitiens est stupéfiante, non seulement ils aident leurs visiteurs blancs à couper du bois, soigner les malades du scorbut, mais ils les invitent à partager leurs repas et leurs épouses. "On les invitait à entrer dans les maisons, on leur y donnait à manger ; mais ce n'est pas à une collation légère que se borne ici la civilité des maîtres de maison ; ils leur offraient des jeunes filles ; la case se remplissait à l'instant d'une foule curieuse d'hommes et de femmes qui faisaient un cercle autour de l'hôte et de la jeune victime du devoir hospitalier ; la terre se jonchait de feuillage et de fleurs, et des musiciens chantaient aux accords de la flûte un hymne de jouissance. Vénus est ici la déesse de l'hospitalité, son culte n'y admet point de mystères, et chaque jouissance est une fête pour la nation. Ils étaient surpris de l'embarras qu'on témoignait ; nos moeurs ont proscrit cette publicité. Toutefois, je ne garantirais pas qu'aucun n'ait vaincu sa répugnance et ne se soit conformé aux usages du pays", poursuit Bougainville.

Jalousie ?
C'est alors que, chose incroyable, les Tahitiens découvrent la présence d'une femme à bord de la Boudeuse. Quand monsieur de Commerson, le botaniste de l'expédition, descend à terre pour herboriser, l'attention des naturels se porte sur le domestique de celui-ci, un nommé Barré. À bord, on avait bien remarqué qu'il était efféminé, mais sans y prêter plus d'attention que cela. Mais les naturels ont l'oeil, ils sont aussitôt persuadés qu'il s'agit d'une femme, ils l'entourent en criant et se battraient presque pour avoir l'honneur de lui faire visiter l'île, et plus si affinités... Il faut le faire ramener à bord sous escorte. Le malheureux se jette alors aux pieds de Bougainville pour lui avouer qu'il s'appelle Jeanne Barret et qu'elle n'a trouvé que ce moyen pour accompagner son époux, puisque les femmes sont interdites de navire.

Finalement, Bougainville ne reste que neuf jours dans l'île enchanteresse. Le 15 avril, les deux vaisseaux lèvent l'ancre et, après avoir failli s'empaler sur les récifs, ils s'élancent vers le large avec des marins désespérés d'avoir à quitter une île aussi charmante. Dans son Voyage autour du monde, l'explorateur français fait de Tahiti une nouvelle Cythère, patrie d'Aphrodite. Ce grand naïf ignore, ou fait semblant d'ignorer, que les Tahitiennes monnayaient leurs faveurs contre des clous. Le fer était alors inconnu des Tahitiens. Les clous leur servaient à faire des hameçons. Pour profiter d'une nuit d'amour, les marins n'hésitaient pas à arracher les clous des planches du navire. "Quoi qu'il en soit, les femmes doivent à leur mari une soumission entière : elles laveraient dans leur sang une infidélité commise sans l'aveu de l'époux. Son consentement, il est vrai, n'est pas difficile à obtenir, et la jalousie est ici un sentiment si étranger que le mari est ordinairement le premier à presser sa femme de se livrer. Une fille n'éprouve à cet égard aucune gêne ; tout l'invite à suivre le penchant de son coeur ou la loi de ses sens, et les applaudissements publics honorent sa défaite. Il ne semble pas que le grand nombre d'amants passagers qu'elle peut avoir eus l'empêche de trouver ensuite un mari. Pourquoi donc résisterait-elle à l'influence du climat, à la séduction de l'exemple ? L'air qu'on respire, les chants, la danse, presque toujours accompagnée de postures lascives, tout rappelle à chaque instant les douceurs de l'amour, tout crie de s'y livrer..."

Distinction des rangs 
En conversant avec le Tahitien Aotourou qu'il ramène en Europe, Bougainville comprend que derrière le tableau paradisiaque se cache une réalité plus sombre. "J'ai dit plus haut que les habitants de Tahiti nous avaient paru vivre dans un bonheur digne d'envie. Nous les avions crus presque égaux entre eux, ou du moins jouissant d'une liberté qui n'était soumise qu'aux lois établies pour le bonheur de tous. Je me trompais, la distinction des rangs est fort marquée à Tahiti, et la disproportion cruelle. Les rois et les grands ont droit de vie ou de mort sur leurs esclaves et valets ; je serais même tenté de croire qu'ils ont aussi ce droit barbare sur les gens du peuple qu'ils nomment Tata-einou, hommes vils ; toujours est-il sûr que c'est dans cette classe infortunée qu'on prend les victimes pour les sacrifices humains. La viande et le poisson sont réservés à la table des grands ; le peuple ne vit que de légumes et de fruits. Jusqu'à la manière de s'éclairer dans la nuit différencie les états, et l'espèce de bois qui brûle pour les gens considérables n'est pas la même que celle dont il est permis au peuple de se servir. Les rois seuls peuvent planter devant leurs maisons l'arbre que nous nommons le saule pleureur ou l'arbre du grand seigneur. On sait qu'en courbant les branches de cet arbre et en les plantant en terre, on donne à son ombre la direction et l'étendue qu'on désire ; à Tahiti il est la salle à manger des rois."

Un an après le passage de Bougainville, un navire anglais fait relâche à Tahiti. À son retour en Angleterre, l'équipage accusera les marins français d'avoir fait cadeau aux Tahitiennes de la chaude-pisse. Le navigateur français répondra du tac au tac en affirmant que la maladie était déjà dans l'île, probablement léguée par l'équipage du capitaine anglais Wallis qui avait été le premier à découvrir Tahiti dix mois avant lui. Encore une histoire d'amour qui finit dans la syphilis...
 


Tahiti-Pacifique-Magazine de janvier 2012 : Il y a 240 ans
 

     Il y a 240 ans, Ahutoru, le premier Tahitien à visiter l'Europe en accompagnant Bougainville, disparaissait au large de Madagascar, sur le chemin du retour vers Tahiti. Victime de la variole qu'il avait contractée à l’Île de France (actuelle île Maurice), ces derniers instants ont été consignés avec précision dans un rapport officier dont vous pouvez découvrir des extraits dans l'ouvrage qui lui a été consacré par Philippe Prudhomme:
 
 

     Mercredi 6 novembre 1771
     La mort du Prince du Pacifique.
Au matin du 6 novembre, le chirurgien Major se présenta comme chaque jour à 7 heures. Il avait l'air sinistre et baissait la tête.
-"Il est sur le déclin! Son pouls est irrégulier, son visage est couvert de croûtes purulentes ! 
Prions pour que son agonie se termine le plus vite possible et informez l'équipage que sa vie ne tient plus qu'à un fil." 
Dans l'après midi, Ahutoru fut pris de convulsions et l'on crut que sa dernière heure était arrivée.
Le soir à 5 heures, "il était dans un état des plus critiques". A 7 heures, "le pouls se faisait à peine sentir et les pustules vésicatoires étaient devenues d'une couleur livide pourpre".
A 9 heures, le chirurgien frappa à la porte du capitaine. Il était au bors des larmes quand Marion Dufresne lui ouvrit.
-"C'est fini ! Ahutoru est mort ! il vient d'expirer dans mes bras.
- Paix à son âme ! On est bien peu de chose ! Je suis vraiment très navré. A cause de ce décès notre mission est compromise. Faites réunir le conseil immédiatement.
Le commandant le reconduisit à la sortie :
- Je vous remercie des bons soins que vous avez eus pour lui et vous dispense de cette réunion. Vous avez besoin de repos. Nous nous occuperons des formalités. A demain monsieur Dubois. Je vais demander à un officier de la "Grande Terre" de venir constater le décès.
- A demain, monsieur ! J'espère qu'aucun autre cas ne se déclara et vous souhaite le bonsoir."

Le ciel était constellé d’étoiles et la lune se reflétait sur l'océan.
La gravité se lisait sur tous les visages quand Dufresne entra dans la grand chambre où régnait un silence religieux.
Il annonça solennellement la mort du "Prince du Pacifique".
- "Au nom de tous, je vous assure de notre profonde et sincère compassion pour ce drame qui touche tout l’équipage.
- Ahutoru était bon homme, déclara le lieutenant Roux. Nous sommes très affectés par ce deuil qui remet en question le sens même de cette expédition dont il était en partie la cause.
- Je vous remercie monsieur Roux. Il est 11 heures du soir et la nuit est claire. Descendez à terre et réveillez le commandant du fort pour qu'il nous envoie "le chirurgien major de la place avec un sergent ou une autre personne pour constater le décès dudit Poutaveri".
A minuit et demie, le lieutenant Roux, escorté de deux hommes appelle de son canot pour remonter à bord.
A 2 heures du matin, le chirurgien de Fort Dauphin, René Guimar de la Gitonnière et le sergent Tabar relisent publiquement le procès-verbal qu'ils ont rédigé en présence du capitaine et de son état major.
"Nous soussignés, René Guimar de la Gitonnière chirurgien major de Fort Dauphin et Tajar sergent, montés à bord du Mascarin, avons constaté le décès de Poutaveri ainsi que la cause de sa maladie, que nous avons dûment reconnu être la petite vérole, ce que nous affirmons véritable. Et de concer avec Messieurs le capitaine, officiers majors et chirurgien de la dite flûte, n'avons jugé unanimement devoir le faire jeter à lamer, avec les effets qui avaient pu lui servir pendant tout le temps de sa maladie.
Ce jeudi, à deux heures du matin 7 novembre 1771". 
Les deux hommes ne s'attardent pas sur le Mascarin.
Le cadavre est cousu dans une toile lestée d'un boulet, avec tous ses vêtements, son linge et les objets à son usage.
A l'aube, en présence de tout l’équipage et des officiers, bien que le défunt ne fut pas chrétien, l’aumônier dit la prière des morts. Le corps est mouillé, comme une ancre, dans l'océan à tout jamais.
Ainsi disparaît de ce monde, Mayos Ahutoru, dit Louis Poutaveri, frère adoptif de Bougainville.
La mer était belle. Lorsque le linceul vint frapper la surface de l'océan une tortue sortit sa tête de l'eau et sembla replonger dans le grand bleu pour accompagner la dépouille d'Ahutoru qui coulait pour l’éternité."

Extrait de La malédiction de la Tortue. Disponible en ligne chez "Thebookedition.com" ou auprès de l’Association des amis de Bougainville 2bougainville@gmail.com
 

caricature anglaise, prise de Grenade en 1779



 
 
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